Témoignage Pascale et Christophe, qui ont adopté Cyriaque, début 2003 en démarche totalement individuelle…
Beaucoup d'informations sur la procédure qui est très bien détaillée.
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Voici pour tout ceux qui démarrent, pour tous ceux en cours, pour tous ceux qui reviennent, la première partie de notre aventure. Que cela puisse vous aider pour les uns, ou vous rappeler de grandes émotions pour les autres...
Christophe et moi, nous sommes rencontrés, il y a bientôt huit ans.
J'étais en cours de séparation de mon premier mariage et avais 5 enfants de 7 à 17 ans. Christophe a " adopté " mes cinq enfants, dans le sens où au fil du temps, il a pris la fonction de père pour Sébastien, Juliette, Charlotte (tous les trois étudiants, 24 ans, 22, 20, aujourd'hui), Fannie (18 ans, lycéenne) et Margot (14 ans, collégienne) .
De nous, est née notre petite Zoé, 5 ans aujourd'hui. Nous espérions un autre enfant après Zoé, mais j'ai aujourd'hui 45 ans, et le moule semble bien être cassé.
Il y a deux ans nous avons demandé un agrément pour adopter. Notre cas étant peu commun, les démarches ont été longues. Mais nous l'avons enfin eu le 3 octobre 2002 (18 mois d'investigations).
Nous avons alors décidé d'adopter en Russie, établi le dossier et pris des contacts.
En voici le détail :
1) Tout d'abord nous avons lu tous les documents et explications qui se trouvent sur le site de la MAI:
www.france.diplomatie.fr/MAI/ficpays/russie.html
2) Nous avons écrit à la MAI pour obtenir la liste de régions de Russie avec les coordonnées des administrations et des personnes responsables des adoptions.
(ces informations sont trouvables dans les fichiers de la liste adopterenrussie)
3) Pour choisir le lieu du dépôt, nous avons trouvé une étudiante français/russe (qui est d'origine russe) par annonce mise directement à la fac de langue. Elle est venue plusieurs fois chez nous pour appeler les numéros de la liste des régions(attention au décalage horaire). Nous lui avons proposé 7,24 Euros de l'heure et elle trouvait cela très bien.
4) Tout de suite, nous avons commencé à glaner les documents qui sont valables un an. Nous avons suivi pour cela la liste MAI et celle de Yahoo/adopterenrussie.
5) Les certificat médicaux et les extraits de casier judiciaire qui ne sont valables que trois mois ont pris environ trois semaines (pour ne pas stresser) à être conformes et apostillés. Nous nous doutions qu'il faudrait les faire refaire.
6) Il fallait trouver un interprète sur place en Russie. Nous avons cherché, (comme pour l'interprète en France et d'ailleurs grâce à elle car elle savait comment faire avec les sites russes et en russe), par l'intermédiaire d'une annonce via Internet sur le site de l'université de langue franco-russe de la ville que nous avions choisie. Nous avons eu la chance de tomber sur une personne qui avait les diplômes pour être aussi traductrice agréée auprès d'une
notaire.
7) Nous aurions pu faire faire la traduction du dossier en France si nous n'avions pas trouvé notre traductrice/interprète. Le moins cher (et de loin), en France, c'est à Paris à l'ambassade de Russie. Cela coûte 35 euros la page traduite ET légalisée. C'est fait en une semaine environ et la personne qui s'en occupe est très gentille:
Natalie au numéro directe: 01 45 03 04 34.
8) Nous avons décidé de la date pour partir en estimant les retours de courriers des apostilles, plus le temps d'envoi de notre dossier en Chronopost ou DHL ou UPS à notre interprète en Sibérie, (une semaine) , plus le temps de la traduction par notre interprète, plus le temps de la légalisation de la traduction par une notaire.
9) Nous avons avec notre interprète en France pris rendez-vous avec la responsable de l'adoption à Omsk, qui a accepté nos dates de venue et nous a confirmé de venir le lundi 9 décembre lui porter le dossier en direct.
10) Nous avons acheté les billets à Nouvelles Frontières à Marseille, avenue du Prado (près du métro Périer) : 671 Euros chacun, Aller le 08 décembre 2002/Retour le 17 décembre 2002, Marseille, Omsk.
11) Nous n'avions pas d'invitation pour le premier voyage. Nous avons acheté le "VOUCHER" (document en deux parties qui nous permet de faire faire notre visa touristique de 15 jours maximum) à "action-visa", 54 euros par voucher. Puis, nous avons fait faire nos visas au consulat de Russie à Marseille, 54 euros aussi chacun. Voici des sites sur ce sujet :
www.visatorussia.com/fr/russianvisa.nsf
www.action-visas.com/
www.russie.net/partenaires/inexco
12) Nous avons ensuite grâce à l'intermédiaire de notre interprète en France, négocier et réserver par fax un hôtel. Puis nous avons préparé nos bagages tout en échangeant régulièrement par mel avec notre interprète d'Omsk, qui a pu nous
conseiller sur les vêtements capables de combattre les froids sibériens!!
Voilà, Nous étions prêts pour la grande aventure…
...Je n'avais jamais pris un avion de ma vie, c'était à la fois excitant et angoissant.
Pour un décollage prévu à Marignane à 9 heures, nous nous sommes levés à 4 heures après n'avoir évidemment rien dormi !
Un peu de crainte, en attendant au guichet de Nlles Frontières pour récupérer nos billets car il n'y avait personne. Puis, nous avons pris un petit avion de Marseille à Munich, suivi d'un avion très confortable de Munich à Moscou où nous avons rencontré une charmante dame qui est précieuse pour notre second voyage car elle est à moitié Russe à moitié Marseillaise et qu'elle a vécu longtemps à Moscou. Elle nous prévient entre autres de ne pas nous laisser impressionner par la troupe des " taxis " au sortir de la douane à Moscou, puis elle nous aide à remplir un petit document qu'on nous distribue dans l'avion sur lequel il faut écrire la somme d'argent liquide transportée sur nous et les bijoux en or ou de valeur que nous portons. Il faut savoir écrire en anglais : bague en or, collier,
montre…car selon la compagnie, il n'est pas écrit en français. Il faut bien le dater et le signer et le garder avec son billet. A Moscou, à l'aéroport Shérémétyévo2, nous avons récupéré nos bagages, avec cette dame, puis passer la douane où l'on nous a tamponné le petit document, que nous devons conserver pour le retour où nous ferons à nouveau une déclaration. Les deux seront comparées,
il faudra simplement avoir moins d'argent liquide qu'à l'aller.
Passé la douane, la dame nous a quittés et nous nous sommes sentis très seuls dans cette foule compacte de taxis qui se collaient à nous pour nous proposer leur services. Nous avons réussi à nous dégager en prononçant d'un air très sûr de nous : " Niet, spassiba, transit ".
Nous avons repris nos esprits et avons cherché un bureau d'informations et de transits. Là, on nous a dit dans un mauvais anglais d'attendre avec d'autres voyageurs devant le bureau et qu'on allait venir nous chercher. Nous avons consciencieusement suivi le troupeau et nous sommes retrouvés dans un bus qui nous emmenait à l'aéroport national Shérémétyévo 1 où nous allions prendre notre
troisième avion cette-fois pour Omsk. L'attente dans une salle gelée fut longue, nous commencions à être très fatigués. Enfin, après un parcours dans un bus déglingué, une nouvelle attente glacial sur une piste au pied de l'avion, nous nous sommes enfin calés confortablement, restaurés, réchauffés et endormis .
La pauvreté de la Russie se ressent à son infrastructure.
Nous sommes arrivés à Omsk à 7 heures du matin, par un froid de -27°, et un car rouillé nous a déposé devant un hangar éteint et fermé où d'autres voyageurs attendaient dans la pâleur d'un néon lointain. Heureusement, notre jeune interprète Natacha est arrivée avec son père, nous a immédiatement repérés et est venue nous expliquer qu'en fait, tout le monde attendait les bagages ! Nous étions congelés quand enfin le bâtiment s'est ouvert et que nous avons pu entrer… le sol était verglacé à l'intérieur !!!
Nous nous sommes laissés mener ensuite par le père de Natacha, jusqu'à l'hôtel . Et là nous avons pu poser nos affaires, Natacha réglant les problèmes d'inscription, de paiement…
Natacha n'avait pas de voiture personnelle, nous nous sommes donc déplacés avec puis sans elle qu'en taxi, en bus ou en minibus pendant les huit jours. Le taxi prend en général 70 roubles la course quelque soit le nombre de voyageurs entre (1 et 4), le bus coûte 5 roubles chacun mais si l'on change de bus, on repaye, et le minibus, compromis entre les deux, véhicule d'une douzaine de places assises,
coûte 7 roubles la place et l'on paye à chaque montée.
Guidés par Natacha, nous nous sommes rendus au comité de l'éducation pour notre rendez-vous avec la responsable de l'adoption qui nous attendait.
Il nous manquait deux documents dont la traduction n'était pas encore légalisée mais nous avions rendez-vous juste après chez la notaire.
Nous arrivons dans un tout petit bureau où se trouve Mme Sabitova, la responsable, l'air plutôt fermée et une autre dame face à un ordinateur.
...Nous étions dans un état second. Ce premier entretien que nous avions maintes fois imaginé semblait irréel. J'avais la gorge serrée. Mme Sabitova nous fit asseoir sur le côté , Natacha en face d'elle. Puis, elle commença à parler longuement, traduite discrètement par Natacha, tout cela avec une voix à la fois douce et très ferme. Elle nous dit que les enfants que l'on peut nous présenter ont tous des problèmes, qu'ils sont tous grands, que ce sont les enfants que les
Russes n'adoptent pas.. Puis elle a nous demandé si nous étions quand-même d'accord pour déposer notre dossier ?
Un peu étonnés, nous avons répondu que oui, à sa manière, à la fois ferme et douce. Ce premier entretien est finalement très protocolaire et ce protocole
est rassurant. Elle examina donc les pièces du dossier, nous en rendit certaines
destinées au tribunal. Nous lui avons alors expliqué qu'il nous manquait deux éléments qui étaient chez la notaire.
Elle accepta que nous les lui rapportions plus tard et nous demanda si nous acceptions de rencontrer un enfant. Cette question était incroyable, magique : ça y était, notre rêve se concrétisait, nous avions le droit de voir un enfant en chair et en os, en vrai...
Je ne sais pas comment un son a pu sortir de ma bouche, mais nous l'avons dit : oui, nous voulons voir un enfant.
Elle nous a alors décrit l'enfant qu'elle nous avait sélectionné d'avance et chaque mot prononcé faisait naître des images, des émotions, des sensations toutes plus merveilleuses les unes que les autres : " C'est un garçon, il a 13 mois, il a les yeux bleus, il a la peau plutôt mat, .. "
Moi, je craque et j'ai des larmes plein les yeux.
" ...mais attention, il a des problèmes de santé, comme tous ceux que
l'on peut vous présenter... "
" Voulez-vous voir cet enfant ? "
Evidemment, nous voulons le voir.
En plus, nous sommes sous le charme de sa description...
Mme Sabitova s'en va et l'autre dame nous dit alors que c'est un bon enfant, qu'il a des problèmes mais que c'est le meilleur que l'on peut nous présenter et elle nous propose de le voir en photo sur l'ordinateur.
Au centre de l'écran, apparaît un petit visage aux grand yeux...
Qu'il est mignon, ai-je dit.
Mme Sabitova revient, nous remet un papier officiel avec le nom de l'enfant et l'adresse de l'orphelinat où il se trouve à l'autre bout de la ville.
Elle nous dit que si l'enfant ne nous convient pas, c'est notre droit, et que nous devrons le faire savoir par un courrier officiel et motivé fait devant notaire puis elle nous souhaite bonne chance. Heureux et très émus, nous nous rendons immédiatement à l'orphelinat, après avoir repoussé notre rendez-vous chez la notaire par téléphone. Dans le taxi, nous sommes serrés l'un contre l'autre en nous tenant la main, le cœur battant.
Nous arrivons enfin devant une grosse maison entourée d'arbres, cernée par un terrain vague grillagé et barbelé, le tout ceinturé par de grands et froids immeubles.
Nous avons du mal à comprendre où se trouve l'entrée et nous faisons le tour du terrain vague couvert de neige. Finalement, nous réussissons à pénétrer ce bâtiment et attendons dans un hall vide donnant sur des couloirs gris que quelqu'un nous aperçoive.
Un peu plus tard, on nous fait entrer dans une grande pièce très chaleureuse : sur un immense tapis central joue une maman avec une petite fille, tout autour sont placées des chaises.
Le directeur arrive, jeune, beau, très bien habillé, ressemblant plus à un homme d'affaire qu'à un responsable d'orphelinat. Il nous dit de nous mettre à l'aise, de nous asseoir, puis il commence à nous poser des questions qui nous surprennent : " avez-vous un avocat ? "...et d'autres tournant autour des difficultés d'adopter les enfants... Bref, bêtes, naïfs nous n'avons rien compris. D'un coup, il s'est levé, nous a dit qu'il avait autre chose à faire, que nous devions
attendre un moment avant de voir le médecin. Au bout d'un bon moment, nous sommes entrés officiellement dans son bureau, le médecin (une femme) est arrivé, et nous a énuméré tous les problèmes du petit que nous allions voir. Entre autres, il avait une dégradation du système nerveux central, dû à un manque d'oxygène à la
naissance. Puis, l'enfant est arrivé : Il avait la tête déformée.
Je l'ai pris dans mes bras, l'ai observé un peu. j'étais d'une tristesse infinie pour ce pauvre petit bonhomme, déguisé avec une tenue propre, mais qui sentait mauvais et avait les oreilles remplies de pus.
En voulant montrer des taches qu'il avait dans le dos et sous les bras, l'infirmière s'est mise à tirer sur le pull sans aucune délicatesse, mettant à l'air un dos d'une maigreur impressionnante. J'étais choquée, Christophe aussi, nous avons dit qu'il faisait froid, que c'était bon, que nous avions vu !
Le directeur m'a fait demandé comment je trouvais cet enfant. J'étais comme anesthésiée par le pathétique de la situation mais j'ai trouvé la force de dire que je réservai cette réponse car elle était profondément intime.
On nous a accompagné dans la grande salle et nous nous sommes retrouvés avec cet enfant, la dame et la petite fille sur le tapis, son interprète, la notre, comme dans une mauvaise mise en scène.
Au bout d'une heure, pendant laquelle nous avons joué avec lui et l'avons observé, nous avions constaté qu'il avait un problème psychomoteur réel. Notre décision intérieure était prise mais nous avions honte de nous l'avouer. Pour nous mettre un " garde-fou ", nous nous étions imposés quoiqu'il arrive de laisser passer une nuit sur nos sentiments positifs ou négatifs avant de décider.
Vers 13 heures, nous avons quitté cet endroit inhospitalier avec soulagement et amertume et sommes rentrés à notre hôtel pour manger et dormir. Nous ne pouvions nous parler.
Natacha est venue nous reprendre à 16 heures et nous avons filé chez la notaire pour récupérer les papiers manquants et la payer. Le soir, nous avons téléphoné aux enfants (les grandes étant les responsables des petites) à la maison, et leur avons raconté que nous avions vu un enfant mais qu'il avait vraiment des problèmes.... Tous attendaient des nouvelles du petit frère...et, la tristesse gagna aussi Marseille.
Le lendemain matin à notre réveil, nous avons osé, Christophe et moi, nous avouer notre incapacité réciproque à adopter cet enfant.
Ce fut un immense soulagement que nos ressentis soient semblables et nous nous sommes sentis plus solidaires que jamais dans cette " épreuve " et prêts à en affronter une ultime autre puisque nous savions que Mme Sabitova pouvait nous présenter un autre enfant et un seul.
Comme la veille, mais riches de la certitude qu'il faut savoir aussi se laisser guider par ses sentiments profonds, nous nous sommes retrouvés face à Mme Sabitova, dans son petit bureau, chacun assis à " sa place ".
...Mme Sabitova nous demanda de confirmer que nous avions vu l'enfant puis nous invita à dire ce que nous en pensions.
Nous avons dit que cet enfant avait un problème qui était à la fois psychique et moteur, que ce problème était trop important pour nous, que dans notre désir, l'enfant que nous voulions adopter devait être absolument sain d'esprit, qu'éventuellement nous accepterions des petits problèmes physiques mais pas mentaux. Cet enfant là avait une " dégradation " du système nerveux central, c'était trop grave pour nous.
Elle nous demanda si nous l'avions vu un moment, si nous l'avions pris dans les bras, si nous avions joué avec lui. Nous lui avons alors raconté que nous avions bien pris contact, que nous étions restés avec lui à jouer plus d'une heure...
Elle acquiesça en nous écoutant. Cela la satisfaisait manifestement que nous ayons vraiment cherché à " rencontrer " cet enfant. Puis, elle nous répèta que c'était notre droit de ne pas accepter mais qu'il fallait établir notre refus devant notaire en expliquant nos motivations.
Nous l'avons alors prévenu, tout en lui remettant les documents manquants du dossier, que nous reviendrions dans la matinée avec ce papier fait chez la notaire. Elle nous répondit qu'elle était d'accord, tout en ouvrant son carnet
puis toujours tranquillement nous annonça à notre grande surprise qu'elle pouvait nous présenter un autre enfant dès à présent.
Notre émotion monta à nouveau très haut. Elle nous demanda : " acceptez-vous de rencontrer un autre enfant ? "
Cette question protocolaire était à nouveau incroyable, magique : nous avions le droit de voir un deuxième enfant.
Nous avons dit que oui, nous voulions voir ce nouvel enfant.
Elle nous l'a alors décrit mais cette fois-ci, chaque mot prononcé faisait écho à un sentiment mêlé d'espoir et de scepticisme :
" C'est un garçon, il a 15 mois, il a les yeux noirs, ..."
" ...mais attention, il a des problèmes de santé, comme tous ceux que l'on peut vous présenter, et même plus que celui que vous avez vu hier, mais il n'y a pas d'autres enfants... "
" Voulez-vous voir cet enfant ? "
-Oui, nous voulons le voir.
Mme Sabitova est sortie du bureau, et la dame de l'ordinateur nous a alors dit que l'enfant était un meilleur enfant que l'autre, que d'ailleurs, il était destiné aux Russes, que sa mère était une très jeune femme qui n'avait pas de ressources et que c'était la raison de l'abandon et pas du tout parce qu'il avait un problème.
Puis, elle nous a montré sa photo où je n'ai vu qu'un petit visage comme l'autre. Je voulais le voir en vrai avant de me projeter car la déception nous avait fait du mal.
Tous nos espoirs étaient maintenant dans cette rencontre et ce fut avec une boule au ventre que nous avons fait le parcours entre le comité de l'éducation situé au centre ville et ce nouvel orphelinat situé dans la banlieue.
De l'extérieur, c'était une maison ressemblante à celle de la veille, à l'air plutôt bourgeois, entourée d'un terrain vague arboré puis d'un grillage barbelé, et enfin d'un large espace boisé situé au cœur d'un immense carré d'immeubles froids.
On entendait un piano jouer. Nous avons été accueillis par une gardienne assise à côté d'un petit bureau, un chat sur les genoux. Les murs étaient clairs, une personne est passée en portant un enfant dans les bras emmitouflés dans une
couverture puis est entrée dans une pièce qui donnait sur l'entrée.
Nous avons montré notre papier et la gardienne partit tout de suite chercher quelqu'un. Puis elle revint en nous disant qu'il nous fallait attendre un peu car la directrice était occupée.
On entendait toujours le piano jouer.
Natacha discuta un peu avec la gardienne qui nous demanda si nous supportions le froid, (il faisait -30°) puis elle nous dit de nous mettre à l'aise.
Des gens (un couple) sont sortis devant nous. Finalement, la directrice est arrivée en blouse blanche, très accueillante, très simple, nous a emmenés dans son bureau et nous a fait asseoir.
Décidément, l'ambiance de cet orphelinat n'avait rien à voir avec l'autre.
Elle a regardé notre papier, et d'un air navré, nous a dit que le couple que l'on avait vu, venait de prendre contact avec ce petit garçon, que c'était des Russes et qu'ils étaient donc prioritaires mais qu'ils n'étaient pas encore décidés et qu'ils donneraient leur réponse vers 16 heures !
Décidémment, rien ne se passe comme nous l'avions lu!!
Il a été décidé que nous rappelions à 16 heures.
Heureusement, nous devions encore manger, puis passer chez la notaire faire le " refus " et finalement le temps est vite passé. Malheureusement, les appels ne donnèrent rien, les Russes n'ayant pas donné signe de vie. La directrice nous demanda à 17 heures 30 de ne rappeler que le lendemain, à 10 heures.
Le soir, nous avons téléphoné aux enfants, et leur avons raconté que nous avions refusé l'enfant de la veille et que nous attendions pour en voir peut-être un autre. L'ambiance à la maison et celle de notre deuxième soirée furent encore bien moroses.
Le lendemain, avec notre " refus ", nous sommes retournés voir Mme Sabitova qui était informée de tout. Elle nous dit que les russes s'étaient décidé, qu'ils avaient préféré un enfant de 5 ans, comme c'était presque toujours le cas, car ainsi, ils étaient sûrs de sa santé et de ses capacités (marcher, parler, être propre,...).
Nous pouvions donc aller voir l'enfant.
Nous étions soulagés et enfin nous allions le voir.
Accueil sympathique : la gardienne nous emmène tout de suite dans une grande salle très agréable, avec deux pianos, un immense tapis, un petit sapin pas encore décoré, des étagères avec des nounours, des livres, des jouets...
Elle nous fait déshabiller et asseoir. La directrice vient nous rejoindre avec le médecin (une femme), et cette dernière commence à nous énumérer les problèmes de santé :
Il a manqué d'oxygène à la naissance (aie, aie, aie), et il a donc eu une affection du système nerveux central mais sans séquelles (ouf, mais quand-même)...
Je n'attends qu'une chose, c'est que cette porte s'ouvre enfin pour le voir.
J'arrive à entendre qu'il a un testicule qu'il faudra faire opérer rapidement car il a ...je ne sais plus quoi ?...
Enfin, la porte s'ouvre et dans les bras d'une nounou se trouve un adorable petit garçon, les yeux interrogateurs et la bouche en coeur : Ô merveille ! qu'il est joli, que son regard est vif ... Je ne peux pas résister, je me lève pour le prendre.
Je suis inondée de bonheur, je le serre dans mes bras en disant : " c'est incroyable, nous t'avons trouvé, nous t'avons trouvé... ".
C'est fou, cela nous arrive à nous, nous avons une chance inouie nous aussi de rencontrer le bébé de nos rêves.
Je me tourne vers Christophe, ma joue contre celle de cet adorable bébé, et je lui répète : " Nous l'avons trouvé, c'est lui, nous l'avons trouvé... "
Plus personne ne compte, je vais m'asseoir avec lui sur le tapis, en
le contemplant : qu'il est beau ! Puis je reprends mes esprits, et me mets à suivre avec un grand intérêt les problèmes de santé de mon petit. Christophe est resté sagement avec ces dames qui allaient partir quand tout à coup, Alla
Gavriulovna, la directrice nous dit qu'il faudrait aller voir la mère de l'enfant parce qu'elle n'a jamais signé le papier d'abandon, et que sans ce papier les Russes peuvent adopter quand-même, mais pas nous. Donc, il est décidé qu'une responsable de l'orphelinat se rende sur le champ chez cette jeune femme pour la signature du document avec Christophe et Natacha (pour le taxi uniquement car il leur est interdit d'avoir eux, un contact quelconque avec la mère).
On me proposa de passer un moment dans la salle avec le petit puis de m'emmener dans son groupe pour lui donner à manger moi-même. J'étais aux anges. J'ai passé une heure extraordinaire avec mon petit, je lui ai raconté Marseille, la maison, ses frère et sœurs. J'étais émerveillée de ce qu'il était beau, de tout ce qu'il savait déjà faire, de ce qu'il mangeait bien, marchait bien...
Après son repas, on m'a ramenée dans la grande salle où à nouveau j'ai joué avec lui , où surtout, je l'ai câliné. Nous étions dans un gros câlin, son visage niché dans mon cou lorsque j'ai entendu des voix dans le couloir et que la porte s'est ouverte.
Une nounou est arrivée vers moi, a tiré l'enfant contre elle en me parlant fort en russe ; je ne comprenais pas et j'ai voulu la suivre ; elle m'a repoussée fermement avec un air faché et malheureux et est sortie précipitamment en emportant mon enfant. Christophe s'est alors encadré dans la porte et à sa mine défaite, j'ai réalisé ce qui ne m'avait pas effleurée une seule seconde pendant ce merveilleux moment : qu'il avait accompagné une responsable de l'orphelinat pour obtenir l'accord de la mère pour que l'enfant soit adoptable.
Et la mère venait de refuser l'accord. Un désespoir terrible s'est abattu sur moi et je me suis effondrée dans les bras de Christophe.
Puis, la pédagogue sociale qui était allée avec Christophe et Natacha est venue et tout en essuyant mes larmes que je n'arrivais pas à maîtriser, m'a dit en russe, calmement, fermement que c'était très injuste, que ce n'était pas normal, qu'on ne devait présenter à des étrangers que des enfants adoptables, qu'il ne fallait pas que je désespère, qu'ils allaient tout faire pour nous trouver un enfant et que, oui, nous allions trouver un enfant...
Puis elle m'a dit qu'il fallait boire un thé, qu'elle venait d'en faire préparé un, et qu'il fallait manger un chocolat... Je l'ai remercié entre deux sanglots et j'ai demandé de rester un instant seule pour tenter de retrouver mon calme.
Christophe me connaît, il a acquiescé et Natacha, la pédagogue sociale, la directrice et lui-même m'ont laissée. Finalement, mes larmes se sont taries. J'étais très mélancolique lorsque la pédagogue sociale est revenue. Elle m'a regardée bien en face et m'a dit fortement : "Pascale, Pascale... et des mots en russe chauds et fermes ", puis elle m'a pris par le bras et m'a emmenée
dans son bureau pour boire le thé et mangé des chocolats. Après, tout est très brouillardeux ! Elle nous a dit qu'il y avait des petits garçons qui pouvaient nous convenir ici, qu'ils étaient un peu plus vieux : 2 ou 3 ans, mais qui étaient adoptables. Par contre, il était impossible qu'elle ne respecte pas la procédure, et que la procédure, c'est que ce soit le comité de l'éducation qui permette que tel ou tel enfant soit présenté.
Bref, Christophe et Natacha sont repartis en taxi au comité de l'éducation pour tenter d'obtenir de voir un nouvel enfant et de cet orphelinat là.
J'étais incapable de savoir où j'en étais, incapable d'affronter Mme Sabitova et de respecter un quelconque protocole.
Je ne savais vraiment plus pourquoi j'étais là à souffrir d'un vide intense.
Alors, je suis restée dans le cocon de ce bureau, seule. De temps en temps une personne ouvrait la porte, me faisait un gentil sourire ou un petit coucou. Les heures se sont égrenées, la nuit est tombée mais Christophe ne revenait pas....
...Nous étions partis de Marseille depuis dimanche matin, nous étions déjà mercredi soir, nous avions découvert la veille que le jeudi était une fête national (le 12 décembre), que toutes les administrations faisaient un grand pont jusqu'au lundi sauf certaines ouvertes en compensation le dimanche 15 et nous devions repartir le mardi 17 à l'aube...
Il était 17heures, les bureaux venaient de fermer pour un pont de
quatre jours.
Je commençais à sérieusement m'inquiéter pour Christophe et Natacha, quand enfin, ils arrivèrent, triomphants.
Ils avaient discuté plus d'une heure et demie avec Mme Sabitova qui préférait nous présenter un enfant de l'autre orphelinat et qui avait lui aussi deux ans mais qui avait certainement moins de problème de santé que les enfants de l'orphelinat où nous étions.
Christophe lui avait expliqué que, vu ce qui venait d'arriver, vu ce que nous avions ressenti, vu l'état des enfants présentés, vu l'accueil que nous avait réservé les personnels respectifs de chaque orphelinat, nous avions plus confiance dans le dernier, que cela nous rassurait de voir un enfant de celui-là, qu'il pensait même que dans l'autre orphelinat, les enfants n'étaient pas heureux. Finalement, elle accepta de lui donner l'autorisation de voir un des
petits garçons, celui de deux ans, que la pédagogue sociale pensait bien pour nous.
Elle est sortie, et la dame à l'ordinateur a dit que ce n'était pas bon, que cet enfant était un grand prématuré, que les russes ont peur des prématurés car ils sont sûrs qu'il y aura des séquelles, qu'entre autres cet enfant n'avait pas d'ongle...
Mme Sabitova est revenue avec le document. Christophe et Natacha ont couru pour le faire tamponner car le fonctionnaire chargé du tampon s'apprêtait à partir pour son grand week-end !!!!Ouf, c'était bon.
Voilà, il leur avait fallu presqu'une heure pour y aller, la même chose pour revenir. Nous avions donc à nouveau le droit de voir un autre
enfant... adoptable, cette fois.
Il était plus âgé que ce que nous avions espéré et nous allions découvrir ses problèmes...
Christophe qui n'avait pas eu le temps de faire connaissance avec le bébé précédent, qui en plus venait de réussir un " marathon " était ouvert à ce nouvel enfant. Mais moi, surtout j'essayais de faire bonne figure, mais j'étais froide, anesthésiée, indifférente.
Nous nous sommes installés dans la grande salle, la directrice nous a dit que le médecin allait venir. En attendant, les discussions allaient bon train pour expliquer comme cela avait été difficile d'obtenir le papier...
Finalement, au bout d'un grand moment, la directrice partit voir où était le médecin.
C'est alors que la porte s'est ouverte et qu'une nounou est entrée en tenant par la main un tout petit bonhomme dans une salopette en jean et un sweet rouge à col roulé. Il était blond comme les blés, ses petits cheveux dressés sur la tête comme un poussin.
En le voyant, Christophe a poussé un soupir en soufflant plus qu'il ne le disait un " oh " admiratif. Il était complètement sous le charme.
J'étais émue de voir son émerveillement car moi, je ne sentais rien sauf que je trouvais sa salopette étriquée, sa tête trop grosse et qu'il ressemblait à un petit nain. Je n'arrivais pas à voir l'enfant lui-même. Et j'ai décidé alors de m'effacer derrière Christophe et d'écouter ce qu'il ressentait, lui, puisque, moi, j'étais " déconnectée ".
Je l'ai entendu dire à la nounou (qui ne comprenait pas) d'un air malheureux : " le pauvre, il a peur. Oh, non, il a trop peur, il faut le rassurer, rassurez-le ..." Et en même temps, la nounou poussait gentiment le petit vers nous en disant plein de choses en Russe. Il avait un petit sourire effarouché au coin des lèvres et ne nous regardait pas, il avançait à tous petits pas... Il était terrorisé
par Christophe.
En voyant sa tête apeurée, j'ai craqué et j'ai agi comme à la rentrée des classes,(j'ai été sept années durant, maîtresse de la classe des bébés dans une maternelle) lorsque les mamans et les tout-petits se séparent pour la première fois, qu'ils n'y arrivent pas, et où, pourtant, il faut " consommer cette séparation " : je suis allée le prendre dans mes bras pour l'éloigner de cette porte, de la nounou, et de Christophe.
Je me suis installée sur le tapis en tournant le dos à la porte, lui adossé contre moi, assis sur mes jambes, et j'ai demandé à Christophe de nous approcher les petits jeux que la nounou avait apportés. Christophe a pu s'approcher un peu.
Par deux fois, le petit a sangloté. Puis une autre nounou est entrée, très dynamique, en lui parlant très haut, très clair. Elle réussit à le faire sourire et s'est assise un peu loin de nous sur une chaise et Natacha a traduit :
" Je viens vous parler de Dieniz. Il faut absolument que je vous dise que nous l'aimons tous, qu'il est très attachant, que c'est un enfant particulier, pas comme les autres, très sérieux. C'est moi qui suit chargée de son éveil. Je le fais jouer dans un groupe d'enfants du même âge. C'est le leader du groupe. Il comprend tout, il est très volontaire, et tant qu'il n'a pas trouvé une solution, il cherche. il est tellement concentré que l'on ne peut pas le détourner. C'est vrai qu'il a un caractère très fort . Nous ne pouvons pas lui faire faire quelque chose qu'il n'a pas envie de faire, cela nous fait rire, c'est son côté allemand, oui parce que son père d'après sa mère est allemand. Vous savez, sa mère était une étudiante très jeune, elle ne pouvait pas accepter cette grossesse, et c'est pour cela qu'il est né avant terme. Il n'a pas de problèmes. Au contraire, c'est le plus intelligent de son groupe...etc "
Cette personne était tellement enjouée que nous n'avons pas douté un instant de ce qu'elle disait. Puis elle est partie. Il était environ 7 heure 30 lorsqu'une personne est venue chercher le petit Dieniz qui en avait assez et c'est avec un tout petit sourire sans nous regarder, qu'il a accepté de faire signe : " Paca, paca ", (salut, salut).
Juste après, la directrice est revenue. Elle n'avait pas l'air très contente. Le médecin (pas la même que nous avions vu la veille) était partie emmenant avec elle la clé du bureau et le dossier médical de Dieniz était ainsi inaccessible.
La directrice avait malgré tout entre les mains les informations essentielles qu'elle allait pouvoir nous donner maintenant.
Elle nous dit qu'il s'appelait Dieniz Vladimirovich RAISSOV, qu'il était né le 30 novembre 2000 (tiens comme Charlotte, née le 30 novembre 1982, pile 18 ans d'écart), d'une mère étudiante, et d'un père supposé allemand d'après les dires de la jeune femme. Elle est elle-même métissée Kazaksthan/russe. Son enfant lui serait métissé un quart Kazak, trois quart type européen. Ce qui donne ce petit blond aux yeux bleus.
Il est né à six mois de grossesse. C'est un très grand prématuré, mais il a été pris en charge immédiatement en couveuse jusqu'à ses trois mois. Il garde de cela une anomalie, pas d'ongle sur deux doigts de chaque main et pied.
Il a vécu à l'hôpital ensuite. Il est arrivé à l'âge de 11 mois à l'orphelinat.
Il est a un retard poids/taille important mais il est bien proportionné. Par contre, il a souffert de rachitisme mais il a été soigné et c'est fini.
Il ne parle pas mais il répète bien les mots avec l'orthophoniste. Voilà.
Nous remercions bien la directrice, nous lui demandons si nous pouvons revenir voir Dieniz demain. Elle nous dit que l'on peut venir tous les jours, matin et après-midi, puis elle nous donne les horaires qui respectent le plus le rythme de l'orphelinat.
Nous sommes fatigués, la journée a été incroyablement longue. Nous avons envie de téléphoner aux enfants. Pour Dieniz, nous allons respecter le même processus de maturation que pour le premier enfant. Nous attendrons demain pour nous exprimer
mutuellement ce que nous ressentons de lui et de cette rencontre. A nouveau, c'est une grande tristesse à Marseille lorsque nous annonçons notre grand désespoir de la journée. Nous leur disons bien-sûr aussi que nous avons rencontré un autre petit garçon, mais qu'il est difficile de dire quoique ce soit ce soir...
Le lendemain matin, nous n'avons pas franchement abordé le sujet. Christophe ne voulait, en fait, pas me forcer la main, et moi, je ne ressentais pas de grande attirance pour l'enfant et ne voulais pas décevoir Christophe.
Il est vrai aussi que nous n'avions aucun ultimatum pour donner une réponse attendu que pour le lundi dans quatre jours.
Nous sommes donc retournés voir Dieniz. Mon objectif était d'arriver à le voir mieux que la veille où réellement j'étais dans un sale état.
Je l'ai trouvé plus mignon. Il était habillé avec un survêtement bleu clair qui lui allait mieux. Je me suis assise à nouveau avec lui sur les genoux. Il n'a pas voulu nous décrocher un sourire, même lorsque nous avons sorti le téléphone musical de notre sac.
Il n'a pas souri mais il a osé prendre le jouet alors que Christophe ne l'avait pas encore lâché.
A Marseille, avec Zoé, nous avions préparé la valise du petit frère avec des jouets de bébé dont un téléphone musical, deux petits livres, et une boîte étanche dans laquelle nous avions mélangé les céréales préférées de Zoé (boule de maïs au miel, pétales de blé au chocolat....)
Christophe a pris des photos. L'entrevue a été très calme, nous parlions entre nous, de temps en temps, nous lui proposions une céréale qu'il savourait tranquillement en appuyant sur les touches du téléphone.
Il s'est endormi. Lorsque je m'en suis rendu compte, j'ai dit à Christophe de vite demander si c'était gênant. Il est revenu avec une nounou toute affolée qui nous a dit niet, niet, et qui l'a réveillé et emmené car il était l'heure de son repas.
L'après-midi, nous avons savouré le fait qu'il s'apprivoisait et co
mmençait à nous observer.
En sortant de l'orphelinat, nous avons mis les photos à développer.
-Ce soir-là, après avoir récupéré les photos et les avoir contemplés avec une émotion intense, nous nous sommes enfin mutuellement confirmés que nous avions envie qu'il soit notre enfant :
Christophe, parce qu'il avait eu le coup de foudre dès le premier instant.
Moi, parce que je savais que mon amour pour lui était en train de grandir très, très vite.
Grâce à Natacha chez laquelle nous étions invités à manger, nous avons envoyé les photos par internet à la maison. Puis nous avons téléphoné aux enfants pour qu'ils regardent nos derniers messages sur internet et dit que nous allions retéléphoné plus tard. Vu le décalage horaire, presque tout le monde était encore
à " l'école "
-Ce soir-là, en rentrant à l'hôtel, nous n'avons pas eu besoin d'annoncer aux enfants que nous avions trouvé le petit frère. Nous avons eu droit à des cris de joie : " il est trop beau, trop beau, trop beau. Il l'appelle bien Cyriaque ? oui, oui ! "
Nous avons eu aussi droit à ce commentaire extra-ordinaire de Juliette : " Hier, lorsque vous en avez parlé, je savais que c'était lui. "
Comme il avait fallu que je sois aveuglée par le chagrin pour ne pas le voir tel qu'il m'apparaissait maintenant.
-Ce soir-là, allongée dans le lit à côté de Christophe qui s'était endormi, je ne me lassais pas d'admirer les photos de notre magnifique petit roi.
La magie de la rencontre avait fait son oeuvre.
Cyriaque venait de naître...
...A vrai dire, les trois jours suivant la rencontre avec Cyriaque ont été pratiquement identiques et sont un peu flous : Le matin, nous nous rendions directement à l'orphelinat où nous restions environ deux heures avec lui à le découvrir, l'apprivoiser, le câliner, le savourer et l'après midi idem. Seuls les photos et le film nous permettent de retrouver nos repères. Ce qui est sûr, c'est
qu'au fil des jours, notre amour pour lui a grandi. Les sentiments éprouvés, leur force et leur évolution, ont été identiques à ceux que nous avons vécu pour Zoé que, comme tous les enfants biologiques avec leurs parents, nous avons vraiment rencontré le jour où elle est née. Pour Cyriaque cette rencontre a eu lieu à
deux ans, mais cela faisait aussi bien plus de deux ans que nous l'attendions.
Nous aimons Cyriaque et il est notre fils. Mais pour qu'il le devienne officiellement, il fallait lancer la procédure auprès du tribunal.
C'est ainsi que lorsque enfin les administrations ont réouvert à la suite des trois jours de congé, nous nous sommes empressés de faire devant notaire le papier d'acceptation de l'enfant présenté, puis la reconnaissance que nous avions de son état de santé, puis de porter notre requête en adoption complète au tribunal.
Nous n'avons pu la déposer que le lundi 16 décembre 2002. Nous partions le lendemain.
Nous avons demandé si tout était bon, si il y avait d'autres documents à fournir : les secrétaires nous ont dit que c'était la juge qui décidait...
Et là, nous avons appris qu'il y avait deux juges, que l'une revenait de congé, qu'à priori, nous allions avoir la bonne juge. ..et que, compte tenu des délais, nous pouvions espérer revenir fin-janvier !!! Comme c'était bien.
A la dernière visite à notre tout petit Cyriaque, nous lui avons laissé des photos, une avec " Cyriaque dans les bras de Maman ", l'autre avec " Cyriaque dans les bras de Papa ". Nous avons demandé aux nounous de les lui montrer souvent. Elles étaient très contentes que nous lui laissions ces deux photos et nous ont bien dit qu'elles les lui montreraient tous les jours.
Nous avions le cœur serré lorsque nous l'avons embrassé pour la dernière fois et pourtant nous ne mesurions pas encore le vide qu'il allait nous y laisser... Et mon cœur se serre à nouveau en écrivant ces mots.
Le lendemain à l'aube, Natacha et son père nous ont emmenés à l'aéroport. Merci Anatole.
Comme nous avons été heureux de retrouver nos " grands ", notre petite et notre maison. Ils nous a fallu de nombreux jours pour nous " rephaser ", pour être à nouveau à Marseille en vrai, et ceci malgré Noël, malgré la famille.
Le père-Noël a déposé au pied du sapin des cadeaux dans toutes les chaussures, y compris dans les petites chaussures de Cyriaque achetées pour l'occasion, qu'il n'a encore jamais pu mettre et qu'il ne mettra peut-être pas car elles ne lui iront plus lorsque nous le reverrons.
C'est Zoé qui a ouvert les cadeaux de son petit frère. Entre les deux fêtes, nous avons rencontré des futurs adoptants marseillais de Yahoo, et nous avons lancé notre invitation pour le jour de l'an.
Quel plaisir de croiser des gens qui vivent la même chose, qui comprennent !
Après les fêtes, nous avons transformé la chambre d'amis en chambre de Cyriaque : Ses vêtements l'attendent dans l'armoire, son lit est fait. Tous ses jouets de Noël sont là, plus tous ceux triés par Zoé qu'elle ne veut plus puisque l'arrivée de son petit frère lui confère une place de grande sœur, elle qui est " chapeautée " par quatre grandes sœurs et un grand frère !
Puis, nous avons repréparé nos valises...La sienne...Et attendu avec les enfants qui n'en peuvent plus non plus. Et enfin, des nouvelles du tribunal arrivèrent.
C'est le 14 janvier 2003, et elles étaient sidérantes :
la juge, la mauvaise puisque malheureusement c'est elle, nous mettait en demeure dans une ordonnance de lui fournir une vingtaine de documents supplémentaires concernant particulièrement nos enfants mais aussi la forme de nos certificats médicaux que nous avions malheureusement déjà pris la peine de refaire faire, et tout ceci devait être déposé au tribunal le 25 janvier 2003 (11 jours plus
tard) dernier délai, sinon elle nous déboutait de notre requête et nous rendait notre dossier!!!
C'était IMPOSSIBLE à faire !
Que la juge nous redemande des papiers, cela nous semblait normal, mais autant, et dans un tel délai ! Pourtant, nous avons presque réussi. Mais notre dossier est arrivé avec un jour de retard.
Ouf ! elle l'a accepté quand-même ! mais nous avons pris quelques cheveux blancs et quelques rides supplémentaires pendant le week-end d'attente.
Elle avait en plus demandé oralement des extraits de casiers judiciaires pour les enfants majeurs et les actes de naissance de chacun des six enfants qui eux ont cheminés un peu plus longtemps (5 jours de retard sur le délai) mais le jeudi 30 janvier, la juge était en possession de tous les documents demandés.
Enfin, à nouveau, des nouvelles du Tribunal arrivèrent. C'est le 29 janvier, elles étaient encore une fois sidérantes :
La juge venait de rendre tout le dossier à notre interprète prétextant que celui-ci était mal légalisé et qu'il fallait tout refaire.
De plus, le document sur le minimum vital ne lui convenait pas puisque cela parle du RMI qui est une allocation et non pas d'un plancher en dessous duquel il est précisé que l'on ne peut vivre en France.
La course et l'angoisse ont redémarré ! Natacha, de son côté se démènait avec la notaire pour faire reconnaître que la légalisation était bonne !
Nous, de notre côté, nous négociions avec le responsable des minima sociaux à Paris, pour qu'il modifie son attestation et que celle-ci apparaisse bien comme celle du minimum vital. Cette personne très compréhensive a réussi à tourner ses mots pour que la juge soit satisfaite sans faire de " faux " puisqu'en France, il n'y a pas de notion de " minimum vital ".
Notre notaire en Russie, a fait appel à ses supérieurs pour demander leur avis sur la légalisation qu'elle avait faite de nos documents. Ceux-ci l'ont soutenue : les documents étaient parfaitement légalisés selon la loi Russe. La notaire a donc tenu tête à la juge et refusé de les refaire.
Finalement la juge a repris le dossier en disant qu'elle ferait exception !!!!!!!
Depuis le 7 février, la juge a tous les éléments en mains et a dit que tout était bon.
Mardi 11 février, les secrétaires annoncent à Natacha, notre interprète qu'elle avait recommencé à étudier notre dossier: Qu'est ce que cela signifie ? Que va-t il se passer ? Que va-t-elle trouver ?... Nous avons très peur et cette peur, nous savons que nous l'aurons maintenant jusqu'à ce que l'adoption soit prononcée par cette juge dont nous dépendons.
Cette deuxième phase est très difficile à supporter car nous avions vraiment cru que le jugement pourrait être prononcé fin janvier ; elle est très difficile à supporter aussi car nous savons qu' en Sibérie, là-bas, très loin de nous, vit notre petit garçon que nous n'avons pas encore le " droit juridique " d'aimer et que nous aimons déjà tellement.
Je suis rentré d'OMSK il y a une semaine après un jugement long (3H)
et un peu éprouvant mais VICTOIRE, la juge a validé notre requête.
Pascale est restée là-bas pour le délai de non-appel et faire tous
les papiers nécessaires au retour en France.
Pascale et Christophe sont joignables par mail à l'adresse :
zvonch1@free.fr